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Témoignage, métier de professeur

Bonjour à tous.
Ce post est un témoignage sur le métier de professeur que j'ai exercé depuis la rentrée scolaire.

J'ai eu énormément de mal à tenir jusque là, en raison de l'attitude des élèves, qui n'écoutent pas, bavardent et se montrent insolents. Je m'énerve à tous les cours, dépense beaucoup d'énergie pour avoir l'attention des élèves et les mettre au travail. Aussi, j'ai réfléchi très vite à abandonner cette année de stage pour me reconvertir ailleurs, mais je voulais tenir le coup au moins cette année, principalement pour des raisons financières. Seulement, hier, ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Une de mes classes est particulièrement difficile, et ce de l'avis partagé de toute l'équipe pédagogique. Je les ai eu à 8h, ingérables, surexcités même à cette heure du premier jour de la semaine. Je n'ai pas réussi à faire quoi que ce soit de cette heure de cours. J'ai embrayé avec la seconde heure, une autre classe avec laquelle les choses se passent un petit peu mieux, en général. Même topo, du bruit, de l'inattention et un refus de se mettre au travail. Au bout de 10 minutes, la décision que je cogitais dès la première heure fut prise : j'ai quitté la salle de cours, j'ai quitté le collège. Si je ne l'avais pas fait, j'aurais tout bonnement pété un câble. Je l'ai fait non seulement car j'en avais ras le bol, mais aussi pour me protéger. J'ai l'intention de poser ma démission prochainement. Mon tuteur et mon principal sont très bienveillants, et comprennent ce qui s'est passé. Ils m'invitent à prendre le temps de la réflexion. Chers collègues, votre métier est bien plus dur que ce que je pensais, et je n'ai pas l'envie ni les capacité de le poursuivre.

Je vais mieux aujourd'hui. Même si j'aurais pu faire les choses plus correctement, je ne regrette pas ma décision.
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Réponses

  • Merci pour ce témoignage, Boole.

    Bon courage à toi pour la suite. Je te souhaite de trouver une voie qui t'épanouisse.

    Omega
  • Je te souhaite bon courage pour traverser cette période difficile. Est-ce que toutes tes classes sont pénibles ? Ou y a-t-il au moins une classe dans laquelle les choses se passent à peu près correctement ?
  • @JLT le leitmotiv c'est l'hétérogénéité, comment espérer un instant une classe normale (selon les critères d'il y a 20ans)?
  • [large]@Boole et Bill : bonjour. Je te remercie beaucoup pour ton témoignage qui me rassure : je me sentais jusqu'à présent complètement débile d'avoir raté mes deux années de stage, l'une en Lycée, l'autre en Collège rural. J'ai vécu quasiment les mêmes problèmes, avec des élèves insolents, perturbateurs, mal élevés, (...) certains avec des réactions démentielles.

    Je ne sais pas quel âge tu as (j'en ai 56), mais, à ta place, je réfléchirais avant de donner ma démission. Ton tuteur ne te donne-t-il pas des clefs pour essayer de calmer les "fracassés" ? Très franchement, réfléchis bien mon petit, d'autant que tu as des responsabilités vis-à-vis de ta petite famille et que le travail se fait rare ces temps-ci. Je te donne ce conseil avec bienveillance ; crois-moi.

    Merci encore pour ton témoignage. D'autre part, n'en dis pas trop, car tu risquerais d'être identifié par des parents d'élèves qui sont des profs fréquentant ce forum, voire par certains de tes soi-disant collègues ; cela est arrivé.[/large]
  • @B&B tu devrais consulter : 1. pour toi pour évaluer si tu n'as pas psychologiquement pris un peu trop sur toi ce que ton témoignage semble indiquer, et j'en suis bien désolé, 2. pour te protéger vis à vis de l'administration.

    @JLT c'est devenu vraiment extrêmement variable, y compris à l'intérieur du même établissement. Par ailleurs des mesures indiquent des distributions qui peuvent augurer de la pénibilité des situations. Le bon sens voudrait que l'on aplatissent sensiblement les répartitions, mais ça ne semble pas à l'ordre du jour. Par exemple sur Paris (et c'est pas le pire ...) :114168
    "J'appelle bourgeois quiconque pense bassement." Gustave Flaubert
  • Bonjour. Pour répondre à vos questions c'est surtout avec une classe que cela se passe mal, mais vraiment très mal. Mais même avec l'autre ce n'est pas la joie absolue. Merci de votre soutien et de vos conseils.
  • Mais même avec l'autre ce n'est pas la joie absolue.

    Ca je dirais que c'est normal, ce n'est pas facile pour un professeur inexpérimenté. Il arrive souvent que les choses se passent mieux la deuxième année. Maintenant la question est de savoir si tu peux trouver une stratégie pour tenir encore quelques temps, ou bien si tu n'en peux vraiment plus. Attends quand même Janvier pour prendre ta décision à tête reposée.
  • Boole et Bill: J'admire ton courage d'avoir fait ce que tu as fait. Contrairement à toi, je suis allé jusqu'au bout du bout. Deux années de cauchemar pour finir comme cela devait finir: chômeur avec une estime de soi très abîmée et l'impression de n'être bon à rien. Cela restera un sujet très douloureux pour moi jusqu'à la fin de ma vie.
  • Le métier de prof est difficile, et je ne voudrais surtout pas être prof.
    Ca, c'est certain.
    Mais il peut être plus ou moins difficile, selon plein de choses. En particulier, tu es jeune, inexpérimenté, et les élèves savent cela. Ils en profitent.
    Ton premier cours de ce lundi s'est mal passé, et tu es arrivé fragilisé pour le 2ème cours. Et les élèves ont vu qu'il y avait une brèche, ils ont saisi l'occasion pour être plus perturbateurs que d'habitude.

    Il y a un passage difficile à passer, mais un jour, si tu continues, tu seras un prof plus expérimenté, un prof qui en impose un peu plus, et tu auras plus d'acendant sur les élèves.

    Et tu auras des collègues plus jeunes et moins expérimentés, et les élèves choisiront ces profs jeunes et inexpérimentés pour se lâcher, ils arrêteront de t'embêter, parce qu'ils auront d'autres 'victimes' plus faciles.
  • @FdP : merci pour ton témoignage. Moi aussi, je suis au chômage, avec une estime de soi vraiment bien abîmée et l'impression de n'être franchement bon à rien. Que fais-tu maintenant ? As-tu trouvé ta voie ?
  • Thierry Poma a écrit:
    Moi aussi, je suis au chômage, avec une estime de soi vraiment bien abîmée

    En lisant le fil de zestiria j'avais cru comprendre que tu enseignais actuellement.
  • Boole et Bill, tu dois tenir encore une semaine, après tu auras les vacances.
    Beaucoup de stagiaires attendent les vacances avec impatience.
  • @Raoul. S : j'ai donné à zestiria des conseils conformément à des compétences que j'ai acquises, compétences insuffisantes pour être titularisé dans l’académie d'Aix-Marseille. Dans l'un des deux fils de zestiria , je m'étais expliqué à ce sujet, ce qui m'a valu des remontrances de la part d'un certain Remi S. J'espère seulement que je ne serai pas rejeté comme un pestiféré. Je t'assure que j'aime enseigner, et ce malgré ce que j'ai subi de la part de certains élèves. Je suis encore en souffrance aujourd'hui. En plus, à 56 ans, sans compter la situation économique causée par le Covid-19, c'est fichu pour trouver du travail...

    Je demande donc à Boole et Bill de bien réfléchir avant de prendre sa décision.
  • La semaine avant les vacances de Noël, c'est souvent compliqué. Et le contexte actuel n'aide pas. Combien de personnes sont au bord de la rupture en ce moment ? Ce ne sera pas pareil l'année prochaine (enfin, j'espère...)
  • @Thierry Poma OK je peux te comprendre en partie.

    Comme déjà mentionné ici http://www.les-mathematiques.net/phorum/read.php?18,2082850,2139328#msg-2139328 j'ai également eu une brève expérience dans l'enseignement et je me suis rendu compte trop tard que l'image qu'on véhicule aux élèves en début d'année est fondamentale pour la suite.

    Dans mon cas les élèves étaient sympas pour la majeure partie (il y avait des exceptions) mais trop indisciplinés. J'étais trop gentil. Je haussais le ton lorsque je ne pouvais plus donner la leçon mais ensuite il m'arrivait de rigoler avec eux (il y en a qui faisaient les clowns et ça me faisait marrer aussi...8-)). Bref j'ai constaté que les vrais salopards étaient ailleurs...

    Et puis le message de Ibni ici http://www.les-mathematiques.net/phorum/read.php?18,2082850,2139830#msg-2139830 me conforte dans l'idée que je m'étais faite à l'époque : pour réussir à gérer une classe il faut renoncer à être soi-même (en tout cas moi j'aurais dû jouer un rôle).
  • Je te souhaite du courage, Boole. Evidemment je n'en sais rien, mais je crois que j'aurais réagi pareil.
  • C’est fou le nombre de collègues balèzes en maths qui se font bordéliser… et qui ont donc une piètre opinion d’eux-mêmes. :-(
    Algebraic symbols are used when you do not know what you are talking about.
            -- Schnoebelen, Philippe
  • Bonsoir,
    moi, je te conseilles de te mettre en arrêt jusqu'aux vacances et de ne prendre aucune décision à chaud.
    La période qui s'achève a été la plus rude de l'année.
    Repose toi d'abord, puis essaie de réfléchir à tes pratiques, tes erreurs (on en fait tous), à ce que tu peux améliorer.
    Mes erreurs de débutant:
    - m'adresser à la classe en général lorsqu'il y a un problème, genre "taisez-vous"; personne ne se sent concerné
    - proférer des menaces en vain, que je ne peux pas tenir. Bien réfléchir à celles qui sont crédibles, et les tenir, même si ça ne nous arrange pas.
    - trop tarder avant d'exclure.
    - régler un problème avec un élève devant la classe, il est en représentation. Il faut le prendre à part à la fin du cours
    Sois bien persuadé que ta personnalité n'est pas en cause, tu démarre avec des classes difficiles, c'est normal d'avoir des problèmes, on a tous vécu des moments difficiles dans notre carrière.
  • Salut Boole & Bill.

    Vraiment navré de lire ton expérience récente. Comme les autres je t'apporte mon soutien, et j'espère que tu ne prendras pas ta décision sur le coup de l'émotion, c'est quand même une décision très importante.
  • Grâce à Castex les vacances vont certainement commencer dès demain...:-D
    Boole et Bill
    Je ne suis pas prof mais tu as tout mon soutien et je peux parfaitement comprendre ton désarroi en ce qui concerne le manque de discipline.
  • Bon courage pour cette période un peu difficile en ce moment.

    Je vous conseille comme @ronan de prendre un peu de temps pour vous, afin de prendre du recul par rapport à la situation et réfléchir un pitit(**) peu.

    Vous aviez l'air passionné par les maths et l'enseignement ces dernières années, si je comprends bien c'est l'ambiance de la classe qui était difficile cette année, peut-être dans un autre établissement vous auriez eu une tout autre expérience qui sait. Reposez- vous, faites des choses que vous aimez, passez un peu de temps avec Violette, faites des activités et laissez le cerveau se reposer un peu.
    Parlez également de ce que vous ressentez en ce moment avec votre entourage, votre compagne ou votre famille, parfois ça fait du bien de parler, ça libère l'esprit, on se sent moins lourd ;-)

    Et si en prenant un peu de temps, vous n'avez pas le feeling, prenez une décision. Mais avant de prendre la décision essayez de voir si on ne peut vraiment rien faire pour arranger la situation ? Si à la rentrée on ne peut pas instaurer une charte de bonne conduite en classe, avec des règles et des sanctions affichées sur un mur...Et dont le non respect conduirait automatiquement à une sanction (mot/ heure de colle/ devoir supplémentaire/ rapport).

    Je vous souhaite une belle soirée,
    Courage, force et honneur à vous !
    F.



    (**) c'est une faute volontaire, c'est une faute de style ;-)
  • Thierry Poma:

    J'ai un an de moins que toi. Je n'ai pas réellement trouvé à proprement parler ma voie professionnellement mais ce n'est plus très important pour moi à l'heure actuelle.
    Je travaille un peu (aujourd'hui 2h le matin, 2h l'après midi et on passe à vendredi où je ne connais pas encore le nombre d'heures. Après je ne sais pas).
    Après mon licenciement de l'éducation nationale j'ai essayé de me reconvertir dans la fonction publique d'Etat (mais aussi territoriale) pour travailler dans une bibliothèque comme personnel de catégorie C. Fin années 90, j'ai travaillé pendant quelques mois sous contrat emploi-solidarité , ou quelque soit le nom donné, dans une bibliothèque universitaire.
    J'avais une formation en parallèle pour passer des concours. J'ai aussi travaillé pendant quelques semaines dans une bibliothèque d'un CHU. J'ai été admissible à un concours de catégorie C: je me suis fait éliminer à l'oral et encore aujourd'hui je ne sais pas pourquoi (j'avais travaillé assez sérieusement ce concours). J'ai été dégouté (et il n'y avait pas fréquemment de tels concours). Avec le temps, j'ai compris que j'aurais sûrement pousser des "wagonnets" dans les sous-sols de la BNF si j'avais été reçu. En 2000, le conseil général de mon département m'a offert une formation en informatique (à l'époque j'étais une espèce de nerd) non diplômante (j'ai une belle attestation) et lors d'un salon de l'APEC je me suis fait recruter par une société de service en informatique. J'ai cru naïvement que le vent tournait. :-D
    Au bout de cinq mois ils n'ont pas jugé bon de poursuivre mon contrat de travail. C'était la dernière fois où s'est présentée la possibilité d'avoir un CDI pour moi (C'était en 2001). Depuis, c'est petits boulots. Cela me laisse du temps pour faire un peu de calcul intégral, faire des expos et des balades. B-)-
    Ma famille ne compte pas sur moi, je n'en ai pas.

    PS:
    Dans mes relations, j'ai une amie qui a une amie dont le cousin n'a pas été titularisé, lui aussi, après son stage à l'issue du CAPES de mathématiques. Il s'est reconverti dans les impôts. (inspecteur des impôts je crois). Mais il a été plus prompt à réagir que moi (son histoire est beaucoup plus récente, il doit avoir la trentaine d'années).
  • Bon courage Boole et Bill,
    C’est un « métier de con » !
    Que personne ne se sente insulté, c’est « le plus beau métier du monde » mais c’est devenu une tâche ingrate (avec quelques moments de plaisir tout de même) où le prof passe son temps à colmater des maux avec du plâtre liquide qui ne sèche jamais.

    Les vacances arrivent à point nommé.

    Comme dit plus haut, cette période d’avant Noël est la pire (avec juin...).
    Sans le Covid c’est déjà compliqué : l’hiver qui approche, les jours plein de nuit, la morosité... j’avais lu que les psy savent depuis longtemps que « Noël » leur donne du boulot plus que d’habitude.
    Chacun réagit différemment (le corps, l’esprit...).

    Repose-toi, laisse déjà passer ces jours pour que « la tête » commence à aller un peu mieux.
  • Joue à la play Station et mange du popcorn s'est bien si t'as la déprime. ;-)
  • Fin de partie: pourquoi as-tu été licencié de l’éducation nationale ? Activités gauchistes subversives peut-être ?
  • Bienvenue au club (tu)
    Je n'étais pas à bout quand j'ai démissionné, mais tes motivations réfléchies faisaient partie des miennes.
    Si tu poses ta démission pour mars, tu peux être payé durant les vacances de février.
    Si tu t'en sens capable, bien sûr.
  • Df:
    Si seulement c'était vrai. :-D
    C'est pour un motif beaucoup plus trivial hélas, il y avait un bordel de dingue à certains moments dans ma classe (oui, à l'époque on n'avait qu'une seule classe en responsabilité bien souvent quand on était stagiaire post-concours) et ce n'était pas parce que j'organisais des meetings sauvages au sein de l'institution. :-D
  • Merci pour tous vos messages de soutien. Je suis arrêté pour la semaine et j'ai pris la décision de... ne pas prendre de décision pour le moment. C'est fou comme une petite trentaine d'élèves peut agir sur le moral à ce point en 3h par semaine. En tout cas, j'essaie de positiver. Encore merci à vous pour ce soutien !!!
  • @Thierry Poma
    C'est vrai qu'à quelques années de la retraite, c'est un peu juste, mais avec un faux CV bien pensé de prolo (le truc invérifiable avec des boîtes qui ont fermées, des expériences anciennes, tu t'inventes une vie dans une autre région et tu es descendu il y a peu pour être plus près de tes enfants, etc.), tu peux travailler comme moi dans des petits boulots (après ne te fais pas un profil 100% manuel si tu n'as pas de grosses mains burinées à ton âge), pas forcément folichons mais juste pour travailler un peu, quoi. Et puis c'est vachement moins d'investissement psychologique les petits métiers, c'est utile, ça te requinque un homme :-o

    Je connais quelqu'un de ton âge qui est commis de cuisine saisonnier et qui trouve donc du travail durant les saisons touristiques pour vivre du chômage le reste de l'année et même voyager dans des pays où la vie est moins chère (bon, il vient de faire un héritage donc il s'est stabilisé) :-D

    Si tu veux travailler dès demain, tu postules à Amazon, tu travailles à la chaîne tout de suite. Bon, tout dépend de ta volonté de travailler, après.
  • Superkarl a écrit:
    C'est vrai qu'à quelques années de la retraite

    L'ASPA (le minimum vieillesse) ne peut être obtenu qu'à partir de 65 ans. Quand tu vis de petits boulots, la retraite du régime général elle ne te concerne pas.
  • Dans ce cas là, je préconise une reconversion. Par exemple, juste en étant inscrit dans une agence d'intérim, je viens de recevoir le mail suivant vraisemblablement envoyé à tout le monde, faisant une campagne pour devenir technicien sans aucune base, dans un métier qui me semble peu fatigant par ailleurs.

    Donc voilà, juste pour dire qu'il faut se relever. Les petits métiers ont aussi une certaine noblesse, c'est l'occasion de découvrir un nouveau milieu social, etc.
  • Je propose que Superkarl et FdP ouvrent un fil séparé, cela reste le fil de B&B concernant son expérience récente en classe.
  • Le plus insupportable là-dedans est de constater l'écart entre la joie et la satisfaction de Boole et Bill d'avoir réussi son concours, où transpirait dans son fil d'alors quelqu'un de très motivé et prêt à faire son métier avec enthousiasme, et ce fil-ci dans lequel on ressent tout le désabusement, voire l'écœurement, de son auteur seulement quelques mois plus tard.

    Un vrai gâchis de la part de cette machine à broyer qu'est devenue l'éducation nationale.
  • Bonjour tout le monde,

    @Poirot : je pense que tout est de ma faute. J'en suis vraiment désolé.

    @FdP : je te remercie infiniment pour ton témoignage, ainsi que pour ceci. En ce moment, j'effectue un bilan de compétence et il s'avère que bibliothécaire fait partie de la liste des emplois choisis. Je te contacterai probablement par MP, si tu le veux bien.

    @Superkarl : je te remercie pour tes conseils.

    @Noix de totos : tu as entièrement raison concernant Boole et Bill. Cependant, le mieux pour lui et sa petite famille est de s'accrocher ; dans cinq ans maximum, il bénéficiera de tout son dur labeur, dont des vacances pleinement méritées pour eux tous. Je pense qu'il peut trouver conseil auprès de son tuteur (qui est peut-être aussi père), voire auprès des autres professeurs qui doivent rencontrer des difficultés similaires. Je pense également qu'on peut lui suggérer quelques méthodes de gestion de classe. En voici quelques-unes apprises lors d'un stage effectué avant le premier confinement, donc beaucoup trop tard pour mettre en œuvre tous les conseils prodigués :
    • Supposons un instant que B&B ait une troisième. B&B peut discuter aimablement avec ses collègues ayant cette troisième en commun, de façon à isoler (pas exclure) un ou deux de ses élèves vraiment insupportables. Bien entendu, il faut prévoir du travail à donner à ces élèves réfractaires (un problème ouvert par exemple), travail qui sera peut-être noté.
    • Dans la mesure où la salle le permet, B&B peut isoler, au fond de sa salle, les élèves réfractaires.
    • S'il y a beaucoup trop de bruit, il peut choisir d'interrompre sa séance, de s'assoir à son bureau pour y lire son journal. J'ai eu l'occasion d'essayer une seule fois cette méthode uniquement et ça a marché.
    Avez-vous des conseils à donner à B&B pour gérer efficacement ses classes ?
  • Betb ça va mieux?
  • @Boole et Bill : je pense que ta décision de ne pas prendre de décision est sage.

    Sans vouloir raconter ma vie je te livre mon expérience personnelle pour te montrer que rien n'est jamais perdu.
    J'ai fait mon stage en lycée en 1985/1986, à l'époque je n'avais que le CAPES théorique. J'avais une seconde assez difficile, les élèves étaient sympas mais cherchaient trop le "copinage" du fait qu'ils me voyaient jeune et inexpérimenté. Parallèlement j'ai fait un stage en Terminale C où je me suis éclaté. Le jour de l'examen même les plus pénibles des élèves de seconde ont joué le jeu, ils ont participé et ont été super-sympas avec moi. J'ai eu mon capes pratique avec mention AB.

    L'année suivante, affectation provisoire dans un collège pourri de chez Pourri. Bordel généralisé dans toutes les classes (bon, les 3èmes ça allait à peu près, mais les 6ème /5ème c'était l'enfer). Au bout de 2 mois j'ai compris que je n'y arriverais pas. Principal totalement incompétent et m'ayant dans le pif, aucune solidarité de la part des collègues. Tout le monde savait que j'étais dans la merde, mais s'en foutait, ou était dans le déni, et c'est seulement en mai/juin que 3 ou 4 d'entre eux sont venus me parler. J'ai survécu tant bien que mal, avec une semaine ou deux jours d'arrêt maladie par ci par là, et pas mal de cachetons.

    L'année suivante, affectation définitive en lycée. Là, j'ai vraiment eu l'impression de sortir de prison. Ça se passait bien, enfin ! J'ai repris confiance en moi, j'ai essayé de faire du bon boulot, et en prime j'ai eu l'agreg à la fin de l'année. Du coup, après j'ai eu des classes intéressantes et ça a roulé.
    J'ai passé 25 ans dans le même lycée, et bien sûr la situation s'est dégradée au fil du temps. Sur la fin (juste avant que je parte à l'IUT), les secondes devenaient très difficiles à gérer. J'ajoute que contrairement à ce que j'ai pu lire plus haut, je ne possède aucune "recette miracle". Quand ça se passe bien c'est parce que ça doit bien se passer, et quand ça se passe mal je me démerde !

    Quand je suis arrivé à l'IUT en 2012 j'ai senti comme une bouffée d'oxygène. Mais même là, avec des adultes, il y a quand même des moments où c'est difficile de se faire respecter.

    Mon conseil : repose-toi, bois un bon coup le 24 et le 31, et prends le temps de la réflexion.
    Courage !
  • Merci Martial.

    Ça aussi c’est un bon témoignage :
    « Collège plus difficile que lycée » c’était avant, même si encore aujourd’hui prof au collège n’est pas le même métier que prof au lycée.
    Mais le lycée et les Secondes sont devenus la dernière année de collège, en pratique...

    Idem pour les niveaux supérieurs.
    La dernière année du lycée a glissé en L1...
  • Ca va digresser, mais j'ai l'impression que ça fait bien longtemps que la dernière année de lycée est passée en L1. Enfin, personnellement, j'étais très studieux en assidu en terminale. Beaucoup moins ensuite... mais on s'éloigne du sujet !!

    Allez, B&B, dis-toi que beaucoup d'élèves vont s'autoconfiner jeudi et vendredi ! ;-)
  • Thierry Poma:
    Je ne sais pas si je peux t'être d'une grande utilité. J'ai passé ces concours à la fin des années 90.
    A l'époque il y avait deux concours de catégorie C (dans la fonction publique d'Etat) dans le magasinage des bibliothèques. Après il n'y en eut plus qu'un seul. :-D
    J'ai passé un ou deux concours de catégorie A ou B de le fonction territoriale*. C'était épouvantable: dans la salle d'examen il y avait des tables disposées à perte de vue pour ainsi dire et ce n'était pas le seul centre d'examen je crois me souvenir et tout ceci pour une petite poignée de postes.:-D
    A l'époque j'avais fini par cesser d'y croire et j'avais d'autres soucis dans ma vie.

    *: A l'époque je l'ignorais, heureusement car j'avais des idées déjà bien négatives, mais je connais l'exemple d'une amie d'une amie qui a été admise à un concours de la fonction publique territoriale. Son nom s'est retrouvé dans la liste d'aptitude (contrairement à la fonction publique d'Etat, la réussite au concours ne te garantit pas un poste, seulement une place sur liste d'aptitude). Elle n'a jamais réussi à obtenir un poste et la présence de ton nom sur cette liste d'aptitude était (est?) limitée dans le temps. Elle a perdu finalement le bénéfice de son concours.
  • Boole et bill a écrit:
    Merci pour tous vos messages de soutien. Je suis arrêté pour la semaine et j'ai pris la décision de... ne pas prendre de décision pour le moment.

    Je pense que c'était la meilleure décision possible ;-)

    Merci pour ton témoignage en tout cas et bon courage pour la suite, peut importe ce que tu décides de faire.
  • J'imagine que la plupart des profs ici se sont dirigés vers le métier avec une grande part de vocation, malgré tout j'ai deux questions à toutes ces personnes bien courageuses.

    La première : pensez-vous que si vous deveniez capables de prendre les choses avec détachement, et disons-le, sans déontologie, vous seriez dans le même état, ou bien le métier de prof est horrible pour tout le monde selon vous (à conditions égales) ?

    La seconde : faire des maths c'est intéressant, mais les débouchés financiers ne stimulent pas beaucoup de monde sincèrement (bien qu'il y ait quelques esprits qui aiment vraiment ça hors aspect alimentaire), et les autres se résument essentiellement à l'enseignement. Du coup, n'avez-vous pas l'impression, à l'issue de vos études de maths, de vous être faits avoir ?

    Les réponses m'intéressent, je suis tout autant perdu que vous sans le burnout, et vous félicite encore.
  • Pour répondre à ta question RLC, je fais parti des profs heureux. Je me sens privilégié J'enseigne en Bretagne dans un endroit tranquille en lycée, j'ai deux classes, (seconde GT, terminale) les élèves sont hyper-respectueux dans l'ensemble. Même si certains élève ont parfois de sérieuses difficultés scolaires notamment en seconde, la majorité a un niveau correct et on les fait bien progresser en trois ans. Il n'y a pas de problème de comportement. Le relationnel est très bon avec les élèves et les familles qui sont agréables, reconnaissantes de notre travail. Je ne sais pas si j'ai besoin de tous les doigts de mes deux mains pour compter les élèves que j'ai collés en 20 ans. Si je laisse une calculatrice, une clé USB voire un porte-feuille sur le bureau, il y a toujours un élève qui le ramène en salle des profs.
    J'ai eu une fois un gros clash avec des parents, j'ai menacé de porter de plainte. Et peut-être trois, quatre petits clashs avec des élèves. C'est totalement marginal.
    Je me sens privilégié, mais en fait non, ce que je vis devrait être la norme. C'est l'inverse qui est anormal.

    Je réponds à RLC, mais je ne veux pas pourrir le fil de Boole, que je salue pour son courage et à qui je souhaite le meilleur. On peut peut-être mettre le message de RLC et ma réponse à ailleurs.
  • RLC a écrit:
    Du coup, n'avez-vous pas l'impression, à l'issue de vos études de maths, de vous être faits avoir ?

    Pour ma part, je ne me suis jamais vraiment posé la question de ce que j'allais faire professionnellement de tout ceci. (c'est un tort probablement mais je n'ai jamais été doué pour <<rentabiliser>> ma vie). Je voyais une petite lueur au fond du tunnel* (devenir enseignant) et cela faisait taire toutes mes interrogations et mes doutes probablement.

    *: j'avais l'impression d'être sur des rails et que c'est là où je devais être.
  • Merci pour vos deux réponses. Je veux bien scinder la discussion qui en découle ailleurs si les modérateurs jugent la chose adéquate.
  • Oui, tu t'es fait avoir.
    Désolé pour la crudité. :-(.
    Les parents poussent leurs chers bambins à travailler les maths. Pourquoi ? pour prouver qu'ils sont intelligents. Donc valables. Donc employables. Donc intégrés à la société. Mais à trop croire ce processus, on se retrouve avec des jeunes qui prouvent le maximum de compétences en math, avant qu'on leur avoue que cela ne sert à rien. Mais c'est trop tard. Il faudrait changer de voie. Et toutes les autres voies sont encombrées.
    C'est ce dont parle Mickaël Moore, dans son documentaire "Bowling for colombine", lorsqu'il dit que les bons élèves de sa classe sont devenus petits assureurs, et les mauvais élèves, grandes rock-stars.

    La conclusion est une chose que tout le monde sait : dans la vie, il n'y a pas de règle. Et c'est la lutte pour la survie. Quelque soit ton domaine professionnel.

    Quant à l'intelligence, tout le monde s'en fout. Il vaut mieux avoir un réseau d'amis qui vous emploient, qu'un doctorat. La clochardisation des docteurs en science est manifeste. En même temps, tout le monde s'en moque puisque la nouvelle génération, prête à se faire exploiter sa fraîcheur et son intelligence, toque déjà à la porte.

    Et le pire, ce n'est pas nouveau. C'est exactement le propos du "bachelier" de Jules Vallès. Professeur, c'est pas considéré. C'est un métier méprisé. Donc oui, tu t'es fait avoir.

    PS: Allez, les maths, on t'aime quand même.
  • PLM a écrit:
    Les parents poussent leurs chers bambins à travailler les maths. Pourquoi ? pour prouver qu'ils sont

    Mes parents ne m'ont poussé à rien du tout*. C'est peut-être là où réside mon drame personnel.


    *: Ma regrettée mère qui m'a élevé ne voyait pas de différence entre les mathématiques et la comptabilité.
    Elle me disait souvent que je devrais travailler dans une banque.
  • Non j'ai vraiment choisi maths parce que j'aimais ça, mon père est ouvrier agricole et n'y connait pas grand chose en études et ne m'a donc pas influencé. Le gros problème est d'avoir pensé à ce que j'aimais faire académiquement mais sans me soucier des débouchés.
  • Mes parents m'ont poussé à rien, j'ai été poussé par mes profs de maths successifs pour faire maths sup, ce qui était une erreur car j'étais nul en physique.En plus je préférais les sciences naturelles et j'ai hésité entre maths sup et prépa véto. Je suis quand même devenu ingénieur ...
    Bonne soirée.
    Jean-Louis.
  • Bonsoir B&B, je lis avec tristesse ton témoignage. Ce n'est pas normal d'enseigner dans ces conditions, m..rde!
    Je te souhaite bon courage.
  • @Boole et Bill

    :-(

    Bon courage. J'ai subi ce que tu décris dans ton premier message il y a 2 ans, mais je n'ai pas craqué. Un jour où les élèves ont fait n'importe quoi j'ai arrêté le cours et appelé la vie scolaire. Je me suis assis pendant une heure et j'ai regardé les élèves et je leur ai dit que je refusais de faire cours.
    Plus tard dans l'année ça s'est un peu arrangé.

    Le métier de professeur est très compliqué en 2020.

    Perso dans 2-3 ans, je compte aller enseigner à l'étranger dans un lycée français en Asie ou en Amérique du Sud.

    @Rieman_lapin_cretins

    J'étais ingénieur avant, mais bien que le salaire soit plus élevé, les heures ne sont pas comptées donc au final tu ne gagnes pas tant que ça au taux horaire. Beaucoup d'ingénieurs sont aux 50 heures.

    Puis les commerciaux, les chefs, j'ai détesté leur fourberie. Ils ont essayé de me virer en m'inventant des fautes imaginaires et en me faisant du harcèlement moral.
    Le monde de l'entreprise en ingénierie, surtout les sociétés de prestation, c'est un monde de requin. Je me voyais mal continuer.

    Pour les ingénieurs qui ont la chance de rentrer dans un grand groupe comme Thalès, Renault, Dassault, leur vie est tracée et ils n'auront aucun souci.
    Mais il faut avoir un gros piston ou une chance ultime.

    Je n'avais que des entretiens avec des sociétés de prestation, et je n'aime pas leur mentalité ni leur pratique.
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